Une grève, comment ça marche ?

Suite à la grève nationale du Mardi 9 Avril et à celle en cours sur la ligne L du RER depuis le début de cette semaine, je lis tout et son contraire à propos des grèves. Il me parait nécessaire de faire le point sur les modalités d’une grève à la SNCF.

  • Comment ça commence ?

Manif_02Contrairement à ce que l’on raconte, une grève, ça n’arrive pas comme ça, sur un coup de tête. Un syndicat qui identifie une ou plusieurs revendications fortes dépose tout d’abord une DCI (Demande de Concertation Immédiate)

Transmis au membre de la direction de l’entreprise compétent en la matière, ce document constitue une demande de rencontre avec l’entreprise sur un sujet précis.

Suite à cette demande officielle de négociation, la direction doit recevoir le syndicat à l’origine de la DCI dans les 3 jours. 

S’en suit une ou plusieurs réunions de négociation entre le syndicat ayant déposé la DCI et la direction de l’entreprise. A l’issue des négociations, direction et syndicat rédigent un document conjoint : le relevé de conclusion concerté. Il reprend les revendications soulevées par la DCI et un résumé des négociations qui ont eu lieu.

En fonction du résultat de la négociation, le syndicat peut alors, s’il l’estime nécessaire, déposer un préavis de grève immédiatement ou dans un délais de 15 jours.

La DCI, une réunion de négociation au moins et la rédaction d’un relevé de conclusions concerté sont donc les préalables obligatoires à tout dépôt de préavis de grève. Sans tout cela, débuter une grève est illégal.

  • Vers la grève

Si le syndicat ayant déposé une DCI estime le résultat des négociations insuffisant ou nul, il peut donc déposer un préavis de grève. Ce dépôt ne peut intervenir moins de 8 jours après le dépôt de la DCI. Il doit, bien entendu, porter sur les mêmes revendications que la DCI. Pas question de changer de motif en cours de route. Par ailleurs, seul un syndicat signataire de la DCI peut déposer un préavis de grève.

Le dépôt du préavis doit se faire 5 jours minimum avant le premier jour prévu de la grève.

  • Dans la grève.

Une fois le préavis de grève déposé, reste aux salariés concernés par une DII (Déclaration Individuelle d’Intention) à se faire connaître.

Une partie des cheminots est en effet soumise au dépôt d’une DII afin d

e pouvoir participer à la grève. Il s’agit des agents indispensables à la circulation des trains : agents de conduite, agents d’accompagnement des trains et agents des postes d’aiguillage.

Ces cheminots doivent donc aviser l’entreprise de leur intention de participer à la grève et ce au minimum 48 heures avant leur cessation du travail.

Le but de cette DII est de permettre à l’entreprise de connaître 48h avant le début de la grève l’étendue de celle ci afin d’adapter les horaires des trains pour la période concernée et d’avoir le temps d’informer les voyageurs des modifications apportées.

Toujours dans le soucis de permettre à l’entreprise d’anticiper, un agent soumis à DII doit avertir de sa volonté de reprendre le travail 24 heures minimum avant sa reprise effective.

Il est à noter que, pendant une période de grève, les agents non grévistes sont mobilisables sur tous les postes qu’ils sont capables de tenir. L’entreprise peut

donc modifier leur planning en fonction des besoins.

  • La fin de la grève

La question revient souvent à propos de la grève en cours sur la ligne L : quand va finir la grève ?

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Il y a deux types de préavis de grève.

Le préavis de grève dit « carré » : Il précise une période de grève déterminée. Typiquement, comme pour celle du 9 Avril, le préavis s’étend de la veille à 20h au lendemain à 8h. Pourquoi ces horaires ? Parce qu’un grosse partie des cheminots travaille en horaires postés de type 3×8 (12h/20h, 20h/4h ou 4h/12h) . Ces horaires permettent donc à ceux qui travaillent de nuit de participer à la grève s’ils le désirent. Un préavis de grève carré donne donc lieu à une grève dont la fin est connue d’avance.

Le préavis de grève reconductible : Il précise une date et une heure de début de grève mais pas la fin. Dans ce cas, les cheminots grévistes se réunissent tous les jours pour voter ou non la reprise du travail. Il n’est donc pas possible pour l’entreprise de prévoir la fin de la grève.

  • L’information aux voyageurs

Je vous l’ai dit, du fait du dépôt des DII par les agents concernés, l’entreprise connaissant l’étendue de la grève 48h avant son début, elle est, sauf cas exceptionnel, en mesure de communiquer les modifications horaires l’avant veille de la grève. Cela se fait généralement en milieu de journée, le temps de choisir la grille horaire appliquée et de mettre à jour les sites et l’affichage en gare.

Sur les motifs des grèves, j’en entends et j’en lis beaucoup qui se plaignent de ne pas être informés. Tout d’abord, une remarque purement logique : ce n’est pas l’entreprise qui va aller vous dire ce que les cheminots lui reprochent ! Il est donc normal que la réponse officielle soit de vous conseiller de vous rapprocher des organisations syndicales. Ce n’est pas à la SNCF de parler en leur nom.

Si vous voulez connaître les motifs des grèves, allez donc voir les sites des syndicats de cheminots. Il leur arrive également, comme ça a été le cas pour la grève sur la ligne L, de communiquer directement avec les usagers par voie de tract ou en allant à la rencontre des voyageurs.

Agent circulation à la SNCF, passionné de chemin de fer, de photo et de nouvelles technologies.

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3 commentaires sur “Une grève, comment ça marche ?
  1. Clem dit :

    L’alarme sociale (c’est le nom donné au dispositif que tu décris il me semble) est quand même une belle chose. Je me souviens d’une époque, avant sa mise en place à la RATP (en 2000 il me semble), ou de petits mouvements de grève étaient incessants, à tel point qu’on ne savait jamais à quoi s’attendre. Je défends généralement les grévistes pour plein de raisons, mais il est quand même heureux que ce dispositif existe, d’autant qu’il oblige également la direction. Ça quand même changé beaucoup de choses !

  2. Yannick dit :

    Et d’un point de vue ferroviaire, comment se passe l’après-grève ? Par la force des choses, des trains, des rames, des machines… se trouvent là où elles ne devraient pas être. Ca doit être un joli souk de tout remettre en mouvement…

    • Sylvain Bouard dit :

      Oui ça doit être assez fastidieux de monter la journée de reprise sans trop de dégâts.

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