Je n’écrirai rien sur cet article, c’est une merde !

« Je n’écrirai rien sur cet article, c’est une merde ! » Voila ce que je me suis dis à la lecture de l’immonde bouse pondue par Jean Nouailhac dans Le Point. Etre à ce point dans le n’importe quoi, dans la caricature, dans la démagogie, dans l’approximation à charge, ça ne méritait que le mépris le plus profond. Malheureusement, ce tas de merde (oui, je suis inhabituellement grossier mais je ne vois pas d’autre mot), ce tas de merde, donc, a bien été repris sur les réseaux sociaux et a relancé la machine à fantasme sur les cheminots.

Le chapeau de l'article: pas à charge du tout, du tout...

Le chapeau de l’article: pas à charge du tout, du tout…

Je n’avais fait que le parcourir d’un derrière distrait. Il a donc fallu que je me le cogne dans les détails mais il était impossible de laisser dire tout ça sans réagir.

  • « On va te sortir du scandaleux qui pue. On fait autorité, donc ferme ta gueule et écoute »…

« Avantages hors du commun ». « Incroyable constat ». « Enquête choc ». « Constat brutal ». Par ces termes, dans le chapeau, le ton est donné. On va vous donner du scandaleux, du bien gras qui tâche. Le chiffon rouge est déjà agité sous le nez de tout ceux qui aiment détester les cheminots. C’est officiel, on n’est pas dans une étude détaillée suivie d’une réflexion sur une éventuelle légitimité des choses. Non, c’est annoncé: le cheminot nanti aux privilèges scandaleux va en prendre plein la tronche, ce gros salaud ! On va pas le rater ce feignant !

Evidemment, il faut donner un vernis de sérieux à tout ça. Après tout, on est dans Le Point, pas dans le journal de l’amicale CGT d’une municipalité communiste. On est des gens sérieux, nous. On ne fait pas de l’idéologie, nous. Donc, on assoit le discours sur une enquête de l’UFC « dont les études […] font toujours autorité ». En français: « ferme ta gueule, on a raison et pis c’est tout ».

  • Une drôle de façon de présenter les chiffres…

Commençons par parler salaire. « 59 200€ par personne, soit 4554 euros par mois sur treize mois ». Là, les trois quarts des cheminots se demandent déjà: »qui a piqué ma part ?! » et ceux qui n’ont pas pris le temps de réfléchir que ce chiffre était une moyenne sont déjà très remontés, prêt à pendre le premier guichetier à 1500€ net qu’ils croiseront. Dites M.Nouailhac, pourquoi ne pas avoir précisé qu’il s’agissait d’une moyenne ? Evidemment, ça aurait fait nettement moins scandaleux que de formuler ça de façon à laisser entendre qu’un salaire de cheminot c’était 4553€ par mois.

Sur ma déclaration de revenus...

Sur ma déclaration de revenus…

Par ailleurs, M.Nouailhac, à quoi correspond ce chiffre ? Salaire net ? Salaire brut ? Salaire brut + part patronale des cotisations sociales ? Mystère ! Ce n’est pas dit et, pourtant, ça change pas mal de choses sur le compte en banque de celui qui reçoit sa paye.

Et, dites moi M.Nouailhac, ce chiffre intègre t’il le remboursement des frais professionnels ? Ca aussi ça changerait pas mal de choses. Des frais avancés puis remboursés par les cheminots, c’est loin d’être rare. Mes collègues agents de réserve dans les postes d’aiguillage, qui bossent sur de grands secteurs, ils font vite 150 / 200 km dans la journée. C’est remboursé sur notes de frais ça. Ca chiffre vite. Ca gonfle donc bien la masse salariale alors que ce n’est que du remboursement de ce que le cheminot a payé de sa poche. C’est peut être anormal d’être remboursé de ses frais professionnels ?

Aucun détail et aucune analyse sur ce montant. Ca, ce n’est pas du journalisme. C’est de la démagogie. Venant de quelqu’un qui a écrit un livre sur le journalisme, où ils se plaint de leurs mensonges, ça fait désordre.

  • « 4,25% d’augmentation par an » où ça ?

Là aussi, les cheminots s’étranglent en lisant que les augmentations salariales ce seraient établies à « 4,25% nets par an. Depuis que je suis dans l’entreprise, j’ai vu passer des augmentations générales entre 0% et 0,75%. On est très loin du compte !

On parlerait peut être en fait du total des salaires versés et la possible explication de ce chiffre est certainement dans la suite. On y évoque en effet l’évolution du taux d’encadrement. A la SNCF, on serait passé d’un cadre pour 6,8 agents à un pour 4,2 agents. L’explication de M. Nouailhac est toute trouvée: des promotions, forcément de complaisance:

"promotions [..] utilisées comme moyen [détourné] d'augmentation"

« promotions [..] utilisées comme moyen [détourné] d’augmentation »

Loupé, à la SNCF, l’évolution de carrière est très encadrée. Les gens comme M.Nouailhac s’en plaignent bien assez en nous lançant à la figure notre tableau de niveaux de rémunération. Dans la réalité, on ne peut donc pas devenir cadre ou agent de maitrise sur décision de son encadrement. Non, il faut passer des examens puis un lourd cursus de formation.

Prenons mon cas. Je suis agent d’exécution. Si je veux devenir agent de maitrise, il me faut passer trois examens. Un examen dit de connaissance général de l’entreprise, un examen disons, de français et, surtout, ce que l’on nomme entre nous « le barrage ». Il s’agit d’un contrôle de connaissance des procédures des métiers de l’aiguillage. C’est une version plus légère de ce que nous passons en fin de formation initiale avant d’avoir le droit de tenir notre premier poste.

Ceci fait, si j’ai le niveau requis, j’ai le droit d’entrer en formation pour devenir agent de maitrise. Il s’agit d’une formation sur plusieurs modules avec du contrôle continu puis un examen final. Une fois agent de maitrise, je n’aurais la paye correspondant qu’une fois que je trouverais un poste disponible et sur lequel je serais sélectionné après entretien. Pour devenir cadre, il faudra que je repasse par un autre cursus d’examens/formation mais d’un niveau encore plus élevé et je ne pourrais le faire qu’une fois agent de maitrise. Vous le voyez, on ne peut pas nommer un agent au niveau maîtrise ou cadre juste sur sa bonne tête ou son bon travail. On n’est pas dans l’arbitraire et le copinage. Non, ça se mérite. Là encore M.Nouailhac est donc dans le n’importe quoi.

Pour revenir à l’augmentation du taux d’encadrement, les cheminots de terrain ne la contestent pas. Au contraire, ils en subissent les conséquences au quotidien en étant de moins en moins nombreux au contact des voyageurs pour faire le boulot. La raison est à chercher un peu plus haut dans l’article: les effectifs chutent tous les ans et, comme partout, ce sont toujours les petits postes qui trinquent. On fait circuler des trains sans contrôleurs. On ferme des guichets. On ferme des postes d’aiguillage. Evidemment, M.Nouailhac se garde de bien de présenter cette réalité. Ca risquerait de donner raison à ces brailleurs gavés de cheminots et ce n’est surtout pas le but, bien au contraire !

  • Les primes, forcément pléthoriques…

Et revoici la complainte des primes. Dingue ce que ça fait fantasmer en dehors de la SNCF. Apparement M.Nouailhac s’est un peu mis à jour et ne nous fait pas le coup de la prime charbon. Il a du réaliser que c’était vraiment trop gros pour être encore utilisé. Félicitations !

Oui, il y a pleins de « primes » à la SNCF. C’est un fait mais ça a plusieurs raisons. Déjà, on ne parle pas de primes mais d’indemnités. Ce sont des montants qui viennent compenser certaines contraintes ou la réalisation de certaines tâches spécifiques. C’est pas un petit cadeau du patron parce qu’on a été bien gentil. Une fois de plus, on n’est pas dans l’arbitraire.

Il y a donc pas mal d’indemnités différentes. Pourquoi donc ? Tout d’abord parce qu’il y a des tas de versements qui, partout ailleurs, sont des majorations horaires et qui, chez nous, sont un montant fixe et prennent donc le nom d’indemnité.

Exemple typique, le travail du dimanche. Prévu sous forme d’heure majorée à 100% dans le code du travail, chez nous, il prend la forme d’un versement horaire de 4,50€ bruts (vous noterez d’ailleurs qu’on est loin du 100% de majoration) et est nommé « indemnité horaire des dimanches et fêtes légales ».

L’article évoque également le cas d’indemnités comportant de multiples niveaux. Oui, contrairement au travail de dimanche, certaines indemnités ont un montant variable en fonction de la position de l’agent. Ca se pratique un peu partout ce genre de chose. Ouvrez donc n’importe quelle convention collective !

Par ailleurs, la multiplicité des indemnités s’explique également par la multiplicité des métiers dans l’entreprise. 150 métiers annonce t’elle elle même. Sachant que la grille de rémunération est commune à 90% des agents, il n’est pas étonnant qu’on ai eu recours à la création d’indemnités très différentes pour prendre en compte les particularités de chaque métier. Songez que l’on emploie des aiguilleurs, des menuisiers, des community managers, des agents de sûreté, des chasseurs, des conducteurs de train, des commerciaux, des ingénieurs. On n’est loin de la PME. Nous sommes donc dans une situation qui se retrouve dans toutes les grandes entreprises. Il n’y a rien d’anormal à cela.

Vient ensuite un petit couplet vide de faits et sans arguments que je vous livre tel quel:

Ca va être dur de faire moins argumenté et moins à charge.

Ca va être dur de faire moins argumenté et moins à charge.

Il va être difficile de faire moins argumenté et moins à charge. Bravo M.Nouailhac, vous êtes encore dans l’attaque gratuite !

  • Vous reprendrez bien un peu de chiffres flous sans analyse ?

On enchaine avec encore un chiffre: 3200 médecins salariés « à temps complet ou partiel ». Quelle proportion entre les deux ? Pas de réponse. Y aurait il, par hasard, une bonne raison ? Pas le début d’une analyse. La SNCF emploie un gros contingent de salariés qui ont en charge la sécurité des voyageurs et qui sont surveillés de près. Ca ne parait donc pas étonnant que l’on ai besoin de beaucoup de médecins. Vaut il mieux les employer directement ou sous-traiter ça ? On peut en discuter mais, là, toujours pas la queue d’un début d’argumentation. M.Nouailhac a décidé que c’était une gabegie et estime n’avoir aucun argument à apporter pour le prouver. Du grand journalisme… encore.

Passons au budget de communication. Oui, il semble élevé mais est ce anormal dans la mesure où, contrairement à ce qui est écrit, la SNCF est dans un contexte concurrentiel ? Même Le Point le sait (SNCF et les autocars, la SNCF et le covoiturage).

Celui qui fait Paris – Lyon, il ne se dit pas qu’il veut le faire en train. Non, il se dit qu’il veut aller de Paris à Lyon au moins cher, au plus rapide ou au plus confortable selon ce qu’il préfère. Dans la réalité, il a donc le choix (et il s’en sert, suffit de vendre des billets pour vite le savoir) entre la SNCF, les compagnies aériennes, le covoiturage, les autocars ou sa voiture personnelle.

  • Une dernière claque dans la gueule de ces nantis…

On enchaine sur un joli petit passage plein de bile sur ces fainéants qui travaillent moins, partent en retraite tôt et sont gavés de pognon:

Une belle remontée de bile...

Une belle remontée de bile…

Sur tout ça, M.Nouailhac, je vous renvoie à ces articles de mon blog: la durée de travail, le CE, la retraite et les « billets gratuits ».

Aller, sur la retraite, voici mon cas. Avouez que c’est Byzance:

Ma retraite...

Ma retraite…

  • Subventions, dette, on mélange tout et on secoue…

Et on avance dans l’article. La SNCF toucherait 12 milliards de subventions par an. Qu’elle touche 12 milliards d’argent public, peut être mais à quoi cela correspond il ? Aucun détail. Encore un chiffre lancé comme ça, sans aucun moyen de juger de sa pertinence. Les compensations pour tarifs sociaux en font elle partie ? Le montant des factures payées par les régions fait il partie du décompte ? Aucune idée… silence total.

La dette: oui, elle est énorme mais elle vient de la construction des lignes TGV imposées par l’état qui a pourtant refusé de les financer. Ca a été la même chose en Allemagne mais, là bas, l’état l’a reprise à son compte permettant à la compagnie nationale de repartir sur un bon pied. Là encore, sur tout cela, silence total, comme quasiment à chaque fois qu’un journaliste évoque le sujet… M.Nouailhac critique la profession mais en adopte pas mal de travers.

  • Les « profiteurs de la République »…

M.Nouailhac termine donc son article avec cette phrase assassine: « on commence quand, à nettoyer les sales écuries de ces profiteurs de la République ? »

Dis M.Nouailhac, tu permets que je te tutoie ? Après la merde dont tu viens de me couvrir, je pense pouvoir me le permettre…

Seau de merde...

Un seau de merde…

Donc, M.Nouailhac, bon petit pourfendeur des privilèges des nantis qui profitent des impôts du brave contribuable, tu te comptes dans le lot ?

Le Point touche combien d’argent public ? 4658889€ en 2013 pour un tirage d’environ 415000 numéros, c’est bien ça ? Moi, j’ai une source.

Et, toi, combien déduis tu de ta déclaration de revenus sans n’avoir rien à justifier ? 7650€, c’est bien ça ? Là encore, j’ai une source. Pas mal ! Un tiers de mes revenus de « profiteur de la Réplique »… 6 mois de ma future retraite de « profiteur de la République » quand je partirai à 62 ans après 30 ans de 3×8…

Sinon, les multiples avantages et passe-droits liés à ta carte de presse, on en cause aussi ? Là encore, une source.

Et que fais tu pour mériter ça ? En quoi est tu utile à la société ? Ah, oui, tu fais le malin à taper du texte pour  baver sur une corporation toute entière qui, elle, participe activement à faire tourner le pays. Si, demain, tu arrêtes de bosser, on ne s’en rendra pas compte. Nous, les « profiteurs de la République », quand on stoppe le boulot, ça se voit.

Ca en dit long sur ton utilité et sur la notre…

P.S.: suite à cet article, j’ai lu à droite et à gauche que son titre le disqualifiait d’emblée parce qu’il était injurieux. Il n’est qu’une référence humoristique à ceci.

 

Agent circulation à la SNCF, passionné de chemin de fer, de photo et de nouvelles technologies.

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